Jean-François Arnoux

Jean-François Arnoux, né en 1944, est prêtre du diocèse d’Autun-Chalon-Mâcon.

Le désert qu’il a traversé, c’est celui de l’aplasie médullaire idiopathique, une maladie orpheline qui l’a contraint à vivre plusieurs semaines « en milieu stérile ». C’est là qu’il a couché ces pensées sur Dieu, la prière le dialogue, l’Eglise et sa mission d’évangélisation… en les faisant précéder du récit autobiographique de son combat avec la souffrance.

Un témoignage spirituel intense.

LES PREMIERS MOTS DU LIVRE

Jean-François Arnoux - Et le désert refleurira - recto“ Je suis un homme, avant tout. J’essaie de le devenir.
J’aurai bientôt 70 ans.
Comme la plupart de mes semblables, sans doute, j’ai cherché à savoir qui je suis, d’où je viens et où je vais.
Je cherche toujours.
J’ai reçu quelques réponses à ces questions fondamentales ; réponses qui se font progressivement au gré de l’avancée en âge, des événements, des rencontres, des lectures, des pensées… Les réponses s’affinent avec le temps et parfois se font et se défont : la vie est une découverte sans cesse renouvelée.

Parmi les réponses qui s’élaborent, il y a tout ce qui peut venir de l’environnement, des traditions familiales, de la culture dans laquelle on est né. Mais il y a aussi et surtout ce que l’on a construit personnellement à partir des « données de départ », confrontées à l’expérience et à la réflexion. En ce domaine, ce que Jésus appelle « la nouvelle naissance » est une nécessité incontournable si l’on veut « voir le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3). Mais il faut du temps pour « en arriver là », sachant que nous ne sommes jamais vraiment « arrivés », que rien n’est jamais définitivement acquis et qu’il faut « commencer » chaque jour. J’ai été baptisé dans la foi catholique. J’ai eu la chance de découvrir progressivement cette foi non comme un carcan imposé, mais comme un chemin où l’intelligence, les questions et les doutes ont toute leur place. Ma foi est sans cesse en mouvement. Mais qu’est-ce que la foi ? Elle n’est pas un bloc monolithique issu de leçons apprises, de pratiques imposées. Je ne pense pas qu’elle me soit « tombée dessus » comme ça, sans discussion, sans problème. Elle est rencontre, elle est vie, et ne me laisse donc jamais en repos, même si elle me repose ! La foi est ce qui anime notre être profond. Elle est ce qui nous mobilise, nous fait adhérer à des combats, à des amours, à des choix. Elle est mouvement, vie, flamme qui touche tout ce qui fait l’homme et son environnement. C’est pourquoi elle est magnifique. L’expérience de chacun, en ce domaine est difficilement communicable : c’est un peu comme les raisons du choix de son futur conjoint ! „

Le contenu du livre

Deux interviews du P. Jean-François Arnoux, à l’occasion de la publication, aux éditions Domuni-Press, de son live « Et le désert refleurira. Pensées fécondes en milieu stérile ».

Le titre du livre

RENCONTRE

Interview publiée le 9 novembre 2014 dans le Journal de Saône-et-Loire.

Le père Jean-François Arnoux publie un livre sur sa maladie et sa vision de l’église

Les pensées les plus fécondes peuvent naître dans la chambre stérile d’un hôpital. Le père Arnoux, atteint d’une maladie rare, publie un livre touchant.

Après « Visages du Diocèse d’Autun », le père Jean-François Arnoux, ancien curé de Cluny et de Louhans, publie « Et le désert refleurira. Pensées fécondes en milieu stérile ». Photo B. M. Après « Visages du Diocèse d’Autun », le père Jean-François Arnoux, ancien curé de Cluny et de Louhans, publie « Et le désert refleurira. Pensées fécondes en milieu stérile ». Photo B. M.

Dans une chambre de l’hôpital de Chalon-sur-Saône un jour de novembre 2012, un médecin demande à Jean-François Arnoux : « Quel est votre métier ? » La réponse le désarçonne un peu. « Je suis prêtre, curé de Cluny. » Après un temps de réflexion, l’homme à la blouse blanche conclut : « Il faudra peut-être envisager les choses autrement… ».

C’est ce jour-là que le prêtre apprend qu’il souffre d’une « aplasie médullaire idiopathique », une maladie très rare de la moelle osseuse. En France, ils ne sont que 75 à en être atteints. Lui qui approche de ses 70 ans prend conscience que la mort peut survenir d’un jour à l’autre. Il verse une larme et rédige son testament. Ses analyses ne révèlent que 8 000 plaquettes par mm³ de sang. Une personne en bonne santé en compte au moins 150 000. Mais comment changer de vie quand on exerce la fonction de prêtre depuis plus de 40 ans ? Comment s’éloigner de sa paroisse alors que, enfant, on s’amusait déjà à célébrer la messe sur un petit jeu de quille en guise d’autel ?

Un mois complet en chambre stérile

Pour préserver son système immunitaire très fragile, le père Arnoux est finalement admis au CHU de Dijon dans une chambre stérile. « Branché à plein de machines et recevant des produits », le prêtre ne voit plus que des blouses blanches, des masques et le regard des infirmières. Il n’a gardé avec lui qu’un stylo, un petit cahier, son téléphone et son Prions en église. Tous sont passés par la stérilisation. C’est dans ces conditions qu’il se décide à prendre la plume. « Dans mon lit, j’ai énormément écrit, les infirmières se demandaient ce que je pouvais avoir à raconter. » Dans cette chambre stérile, il entame sur son petit cahier la rédaction de ce qui deviendra Le désert refleurira. Pensées fécondes en milieu stérile. Une expérience pas totalement inédite puisqu’à l’époque, il achève tout juste Visages du diocèse d’Autun , un impressionnant album de 700 pages dont 2 500 exemplaires ont été vendus à ce jour. Dans ce nouveau livre, Jean-François Arnoux veut d’abord s’adresser à tous ceux, amis ou simples paroissiens, qui ont eu une pensée pour lui. Ceux qui ont prié ou décroché leur téléphone. Dans son récit très intime, le prêtre ne cache rien de ses souffrances, de ses inquiétudes. « Mais je n’ai pas du tout sombré dans le désespoir. L’idée de la mort m’a plutôt apaisé. »

La parole de Dieu dans la moelle

Dans le Nouveau Testament, le prêtre trouve écho à l’épreuve qu’il vit. Il cite dans son ouvrage une phrase de La Lettre aux Hébreux qui dit que la parole de Dieu peut pénétrer « jusque dans la moelle ». Est-ce son amour trop fort de Dieu qui a fini par fatiguer sa moelle osseuse ? Dans son touchant témoignage, le père Arnoux renvoit aussi sa propre faiblesse à celle du Christ : « On a trop souvent l’image d’un Dieu tout puissant. Mais Jésus était faible. Le Christ a eu soif, a été fatigué, a souffert… » Dans sa chambre isolée, le curé de Cluny a retrouvé l’atmosphère qu’il a connue lors de ses retraites dans le Sahara : silence et insécurité. « On ne peut alors que s’en remettre à Dieu. J’ai vécu cette quarantaine avec une certaine joie ». C’est dans cet isolement qu’il apprendra la démission de Benoit XVI pour raisons de santé puis l’élection du pape François. « J’ai vibré quand il a lancé un si simple « bonne nuit » à la foule. Je me suis retrouvé dans une espèce de communion que je n’ai jamais connue avec aucun pape. » Éclairé par la bouffée d’oxygène envoyée par François, le Bourguignon consacre d’ailleurs la seconde partie du livre à sa vision de l’Église.

Aujourd’hui, le père Arnoux n’a plus de paroisse. Installé dans la maison familiale de Sanvignes-les-Mines, il donne à l’occasion quelques coups de main à ses confrères. Après une accalmie, la maladie est revenue. Mais derrière sa grande barbe, l’homme de foi est serein. Dans sa chambre stérile, il a beaucoup prié pour que son Dieu l’aide à accepter sa maladie… Celui-ci a, semble-t-il, accédé à sa demande.

BENOIT MONTAGGIONI