François Ménager est l’auteur d’Yves Bonnefoy, poète et philosophe, publié chez Domuni-Press en avril 2018. Professeur de philosophie à Domuni Universitas, il donne aujourd’hui un cours sur le même sujet et revient avec nous sur les raisons et origines de ce livre. 

François Ménager, comment en êtes-vous arrivé à travailler sur Yves Bonnefoy ?

Par plaisir ! Mais aussi par souci de replacer l’intuition poétique au sein de la philosophie. Mon idée est que trop de philosophes construisent des royaumes abstraits, sans laisser de possibilité au réel d’apparaître, et que c’est la poésie qui permet cela. La poésie permet de retrouver l’unité du monde cloisonnée par la pensée. À l’origine je pensais travailler sur René Char, puis j’ai découvert la figure de Bonnefoy qui était formé en philosophie. Je me suis donc basé sur ses essais et non sur ses poèmes. Je fais d’ailleurs très peu de références aux poèmes dans mon livre, afin de faire surgir davantage sa pensée.  Il y a une conscience, chez Bonnefoy, que la richesse du monde est là, dans le réel, le concret, et surtout en nous, sans aucune forme d’élitisme, de hiérarchie : elle est en tous et toutes.

Sa philosophie prend sa source dans l’idée que le langage nous empêche parfois d’atteindre cette « richesse du monde » et que la poésie aide à retrouver cela. Yves Bonnefoy sous-entend qu’on a tendance à oublier notre place dans le monde, l’évidence de notre participation au Tout. En écrivant un livre sur ce sujet, j’ai eu l’espoir de répondre au vieux problème de l’impossibilité de penser le concret. J’ai voulu montrer que la poésie dans la philosophie, c’est l’intrusion du réel dans la pensée.

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François Ménager

Comment est articulé votre livre ?

Dans un premier temps je replace Yves Bonnefoy dans une tradition philosophique, un contexte particulier. Je parle de ce contre quoi il s’est construit. Il s’est notamment insurgé contre certaines propositions d’Hegel avant de découvrir ceux auxquels il adhèrera : Jean Wahl, Kierkegaard. J’essaye de mettre en lumière sa formation philosophique et de dire en quoi sa poésie est née avec cette formation, ce langage, notre rapport au monde.

Ensuite, je cherche à répondre à la question « en quoi la poésie pourrait résoudre le problème du langage qu’aucune philosophie n’a résolu ? ». Le langage étant déjà une abstraction par rapport au réel, comment la poésie ramène le réel au sein du langage ? Yves Bonnefoy vient du surréalisme, mais il dit l’importance de la présence des choses, qui débordent du contexte philosophique. Lorsque le philosophe parle du réel tout en l’enfermant dans des concepts, il rate toujours son objet.

Ma dernière partie met en lumière la spécificité de Bonnefoy qui a imaginé une philosophie qui puisse garder en son sein une intuition poétique. Comment rendre possible ce va-et-vient entre le langage et l’intuition ?

À qui diriez-vous que votre livre s’adresse ?

Je pense qu’il est accessible à tous, malgré les nombreuses références. Je dirais qu’il s’adresse à ceux qui sont curieux, qui connaissent Bonnefoy pour sa poésie mais veulent découvrir une nouvelle facette de ce grand auteur. Il s’adresse aussi à ceux qui s’intéressent aux ponts trop souvent oubliés entre philosophie et poésie. Ils existent, ces ponts, mais ne sont pas toujours reconnus et leur étude très peu encouragée !

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