Le frère Augustin Wiliwoli est dominicain, originaire de la Province du Congo-Kinshasa. Il enseigne à Domuni Universitas et termine en parallèle une thèse à l’Université de Louvain-La Neuve sur la question de la Reconnaissance, sujet de son livre publié chez Domuni Press. Entretien.

Axel Honneth portraitD’où vient votre découverte d’Axel Honneth ? Pouvez-vous expliquer rapidement sa philosophie ?

C’est au cours d’un séminaire, en Master 1 de philosophie, au Congo, que j’ai découvert sa philosophie. Il préconisait une nouvelle façon de concevoir la lutte qui m’a intéressée. Axel Honneth est sociologue et philosophe, il est directeur de l’Institut de recherche sociale de Francfort, il a été l’assistant de Jürgen Habermas. Les deux penseurs s’inscrivent dans une philosophie, héritée du marxisme, de critique de de la société capitaliste. Ils essayent de faire avancer cette théorie de la reconnaissance. Axel Honneth explique que, dans une lutte, il y a des valeurs à respecter en amont, comme l’amour ou la reconnaissance. Il pose la question de la conflictualité entre les hommes.

Chez ces philosophes, on comprend que l’Homme n’est pas vu comme étant dans un circuit du « contre l’autre » mais plutôt dans un « faire ensemble », « avec l’autre ». L’idée que « je ne peux pas arriver à être reconnu sur la société ne m’aide pas ». Sur cet axe, Axel Honneth développe trois modèles possibles de reconnaissance : l’amour, le mode juridique (droit des personnes) et le modèle social. Pour lui, il faut qu’il y ait une révolution de la classe prolétaire mais le changement ne doit pas se faire de façon mécanique, il faut qu’il y ait un dialogue pour obtenir une pensée consensuelle.

Comment s’articule votre livre ? Comment est-il pensé ? 

Le souci était de montrer comment passer de la lutte pour la reconnaissance a une lutte de valeurs morale. En première partie, j’essaye de montrer comment est née la lutte pour l’existence, notamment à partir d’auteurs comme Hobbes ou Rousseau. Je montre en quoi cette lutte pour une reconnaissance est une forme de jungle : on essaye de repousser l’autre, on se sent en insécurité, il existe un vrai danger. Puis vient l’émergence de la pensée d’Honneth avec l’apport d’Hegel qui parlait déjà d’une philosophie de la reconnaissance. Je reprends cette théorie avec des données issues de la sociologie. En troisième partie, je montre comment se conçoit la pensée d’Axel Honneth, autour des trois modes : l’amour, pour la conscience de soi, le juridique, pour le droit des personnes et enfin le social, l’estime de soi, qui s’illustre comme le point culminant de sa pensée.

Honneth montre que les individus ne sont estimés que grâce à leur contribution à la vie sociale. Il développe l’idée selon laquelle, lorsque la société ne parvient pas à les reconnaître les individus font un déni de reconnaissance et engagent une lutte. Je m’intéresse à quelques exemples en donnant quelques résolutions possibles.

À qui votre livre s’adresse-t-il ?

Il s’adresse au monde intellectuel, à ceux qui s’intéressent aux philosophes que je vulgarise. Honneth notamment, n’est pas très connu. Mais le livre s’adresse à un public large dans le sens où il concerne tout le monde, le besoin d’être estimé par rapport à ses contributions ou revendications est universel. Je trace une nouvelle ligne pour montrer qu’il peut y avoir une lutte qui ne soit pas violente, j’entame un chantier dans cette direction.

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