Apollinaire Kivyamunda est Docteur en théologie de l’Université catholique de Louvain, Maître en sciences et gestion de l’environnement. Il enseigne à l’Université Domuni, plus particulièrement la théologie spirituelle de Maurice Zundel.

Pourriez-vous me raconter comment vous avez commencé à écrire ?

Passionné par la communication de la foi, dans le cadre de la théologie pastorale, mon intention première était de « me former moi-même », d’améliorer la qualité de mon travail d’animateur spirituel des groupes. Pour appréhender les diverses facettes de la communication, je choisis, à l’époque, l’étude et l’analyse des théories systémiques de la communication  et plus particulièrement les techniques de communication appliquées à la foi par Pierre Babin et par André Fossion. Ce fut le début de l’initiation et de la formation à l’usage des divers medias (jeu du micro-atelier d’écriture, billet-article…). Un atout majeur fut le stage d’écriture et d’initiation à la Voie Symbolique organisée par P. Babin à Lyon au Centre de recherche et d’éducation en communication (CREC-AVEX).

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

 Lors de la session sur la Voie symbolique en 2000, Pierre Babin mit en évidence la pédagogie de l’effacement de soi ou de la désappropriation de soi comme étant la pédagogie la plus efficace pour la communication de la foi, – cheville de la pensée de Maurice Zundel.  Partant des publications de Pierre Babin sur la communication et l’éducation religieuse, je suis remonté à la pensée de son maitre : Maurice Zundel.

Voilà un nouveau départ.

L’Abbé Maurice Zundel. Qui est ce saint homme ? Théologien ? Philosophe ? Mystique ? Quel a été son parcours ? Quelle originalité apporte-t-il à la théologie pastorale? Autant de questions qui m’obligèrent à aller à la rencontre de ce saint homme décédé en 1975.  D’abord, un séjour en Suisse à Neuchâtel, son village natal, me fit découvrir les archives cantonales, les galeries de l’Histoire de Neuchâtel ainsi que la célèbre Bibliothèque Publique et Universitaire de Neuchâtel où sont conservés les « Intouchables », jargon pour désigner les livres personnels et écrits de Maurice Zundel. Les différentes archives relatives à Maurice Zundel, l’audition des témoins l’ayant connu de son vivant confirmèrent la légende construite autour de sa personne : de son vivant, il est vu comme « un saint » homme, très pieux, mystique et avant-gardiste, en avance sur la pastorale de son temps. M. Zundel fut un véritable priant, un des plus grands spirituels du XXI siècle.

Ensuite, je séjournai à Paris pour rencontrer l’Association des Amis de Maurice Zundel ainsi que le Père De Boissière, exécuteur testamentaire de Maurice Zundel. D’eux, je reçus des milliers d’inédits de Maurice Zundel. Ce qui servit de matrice à ma thèse de doctorat axée sur la relation à Dieu.

Enfin, je séjournai quelques mois au Québec aux cotés de Madame Anne Sigier, directrice des Editions Anne SIGIER, pour découvrir comment organiser certains manuscrits en vue de la publication.

Comment savez-vous, décidez-vous qu’un manuscrit et achevé ?

Ecrire est une passion. Au début de mes recherches sur le personnage de Maurice Zundel, j’ai parcouru toute la documentation le en ma possession : depuis la naissance de Maurice Zundel jusqu’à sa mort.

On ne finit jamais d’écrire.  Mon troisième ouvrage sur Maurice Zundel est en cours …

Quel voulez-vous transmettre à vos lecteurs au travers de votre ouvrage ?

«  L’étude attentive de la biographie de M. Zundel met en relief deux portraits distincts de notre auteur. Le premier le décrit comme un des meilleurs prédicateurs et communicateurs de son époque et comme un homme d’exception. »

Le premier portrait de M. Zundel émane de la plupart des biographes.[1]  Les uns le surestiment au-delà de tout ce qui est humain et le placent sur un piédestal pour ses qualités humaines et pour son engagement philanthropique. Ils voient en lui un père spirituel exceptionnel.

Pour les uns comme pour les autres, le ministère de M. Zundel est salué comme un véritable printemps théologique, comme une respiration hors du moule doctrinal. Sa vision contestataire de l’Eglise institutionnelle, son projet de rénovation de la pédagogie catéchétique, son charisme de prédicateur et sa disponibilité sans réserve pour la direction spirituelle lui ont valu l’estime de beaucoup de fidèles qui faisaient partie de la couche sociale des plus marginalisés, des moins lotis et des plus démunis de son milieu et de son temps. La personne de M. Zundel a, dès lors, bénéficié d’une si grande célébrité dans ces milieux et a été perçue de son vivant comme légendaire. Il est décrit comme un poète, comme un mystique, comme un écrivain et comme un théologien.

Parallèlement à cette image positive de M. Zundel, s’affiche un deuxième portrait qui ressort des observations faites par ses formateurs au Séminaire, par ses confrères prêtres et par d’autres personnes rencontrées au fil de ses voyages.[2] Ces derniers remettent en cause les qualités humaines et psychologiques de M. Zundel et critiquent sa capacité comme prêtre à s’intégrer dans les structures de l’Eglise de son époque.  Ils ont gardé de lui une image de franc-tireur et de contestateur de la doctrine et de la hiérarchie ecclésiale. Ils lui reprochent, aussi une certaine rigidité et une absence certaine de communication aisée notamment avec ses collègues prêtres. M. Zundel avait un caractère difficile à vivre en société.

Ces observations ont jeté un lourd discrédit sur sa pensée et sur son action comme prêtre. Sa vision de l’Eglise et sa pédagogie ont été décriées.

Tenu à l’écart de la pastorale diocésaine et réduit au silence, M. Zundel est alors contraint l’errance, au silence et à l’effacement qu’il mit à profit pour s’instruire, pour méditer sur sa vie, pour se reprendre, pour écrire et pour approfondir tout ce qui touche au mystère de l’homme et de Dieu.

Ce qui précède montre la complexité de la personnalité de M. Zundel. Il semble difficile d’en brosser un portrait objectivement équilibré.

Quoi qu’il en soit, il faut lui reconnaître une culture scientifique remarquable et une expression oratoire personnalisée : il a l’art de se centrer sur son interlocuteur ou sur son auditeur et ainsi de l’aider à prendre davantage conscience de soi, des autres et de l’Autre.

  1. Zundel doit à l’expérience spirituelle de ses quatorze ans l’idéal de vie et l’appel à la forme de sainteté qu’il proclamait dans sa prédication. Il invitait sans cesse ses interlocuteurs et ses auditeurs à vivre un amour gratuit, toujours en état de don.

D’origine très modeste, M. Zundel fit l’expérience de la précarité. C’est la raison pour laquelle sa pensée et son action revêtent les formes d’un constant plaidoyer en faveur d’une justice sociale. Il rêvait d’une société qui procurerait aux hommes et aux femmes les conditions de vie idéales pour l’éclosion et pour le développement d’une personnalité libre et créative.

Ses origines neuchâteloises, quoique marquées par le protestantisme, ne l’ont jamais incité à une attitude défensive contre les adeptes des autres religions. Il a cultivé assez tôt un sens positif de la noblesse des autres religions. Sa pensée s’est montrée accueillante et ouverte à l’échange harmonieux avec les diverses sensibilités religieuses. Cette fibre œcuménique sera une pierre de touche de son ministère de direction spirituelle au sein duquel primaient le respect absolu de la conscience humaine de chacun ainsi que son inviolabilité. Cette fibre œcuménique a permis à M. Zundel de se construire une représentation théologique équilibrée de la divinité.

De la rencontre et de la confrontation avec la représentation de Dieu dans les autres religions, M. Zundel est arrivé à reconfigurer sa propre représentation de Dieu. Dès l’année 1939, sa prédication se recentre autour de l’image d’un Dieu-Père et autour de la gratuité de l’amour et du don comme étant le fondement de toute démarche véritable de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu.


[1] Cl. Lucques, B. de Boissière, G. Vincent, M. Donzé, M. Chauvelot, F. Gilles, I. Threthowan, P. Abela

[2] Par exemple Mgr M. Besson, Mgr Petite, vicaire général de l’époque ; Mgr P. Mamie, Ch. Journet, Mère Paule, supérieure de la Communauté religieuse du Beau Rivage, H. de Lubac, les religieuses de la Communauté de Saint-Vincent-de-Paul, etc.